Une goutte dans mes nœuds de cravate

Un jour une goutte s’est immiscée sur le grand pan de ma cravate, à l’extrémité du nœud. Ce changement anodin a pourtant bousculé ma conception de l’élégance masculine.

Mon premier emploi dans le tertiaire me contraignait au costume cravate quotidien. Dès lors, je n’ai fait que mettre en pratique l’éducation prodiguée par mes parents: je n’avais aucune démarche personnelle et, si mes fautes de goûts étaient limitées, je n’avais pas de style propre. Je ne m’habillais pas, je me vêtais. Mes cravates arboraient systématiquement un nœud Windsor de taille contenue, parfaitement symétrique, et sans aucun pli ni goutte. Nul besoin de préciser que le petit pan était systématiquement plus petit que le grand et correctement maintenu dans le passant prévu à cet usage. Et même en fin de journée, je ne défaisais jamais mon nœud ni n’ouvrait le dernier bouton de ma chemise.

Merci Homer!
Merci Homer!

Par la suite j’ai retrouvé l’environnement industriel et ses bleus de travail. J’ai alors réalisé à quel point je tenais à mon élégance et j’étais heureux de pouvoir porter une chemise, une veste et même une cravate. L’obligation et le suivi des règles s’est transformé en une interrogation esthétique profonde. Je connaissais les codes et je les avais pratiqués, il était temps de les remettre en questions pour en tirer la quintessence!

Le nœud asymétrique que je ne connaissais qu’à travers le nœud simple me paraissait réservé aux néophytes et je préférais de loin la stabilité d’un Windsor synonyme de technicité et de symétrie. Mon avis a changé en découvrant le nœud Old Bertie plus consistant qu’un nœud simple et moins solennel qu’un Windsor. De plus, la cravate avait tendance à faire un petit pli qui, lorsqu’un peu exagéré, amenait la formation d’une goutte.

Cette goutte a fait l’objet d’une obsession: parfaitement réalisée, elle ne peut être confondue avec un pli formé par de nombreuses mains malhabiles. Je me suis éloigné petit à petit des cravates fines pour retrouver des cravates larges (8 à 10cm)  et épaisses qui ont une tenue bien meilleure. Ainsi je me suis beaucoup plus penché sur les matériaux, leur tenue, leur rendu, etc. Une cravate très simple en microfibre pouvait donner d’excellents résultats à l’opposé de nombreuses cravates en soie trop souples qui n’ont pas de tenue. Ces mêmes soies trop légères donnaient d’excellents résultats si l’on recherchait l’apparition d’une double goutte. Ainsi certaines cravates abandonnées au fond de mes placards reprenaient du service et mon rapport aux matériaux s’affinait.

Cette attitude de recherche et de remise en question s’est étendue aux autres pièces de ma garde-robe. Je n’ai jamais été mal à l’aise dans un costume, mais cette nouvelle démarche m’a apporté une assurance et une prestance supplémentaire: je ne cherche pas absolument à briser les codes vestimentaires, ils me sont d’une grande aide en cas d’incertitude; mais ma relation au vêtement a changé et j’aime à croire que mon style vestimentaire reflète beaucoup mieux ma personnalité.

C’est drôle comme un pli de tissu peut changer nos idées.

 

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