L’aventure Matra: tout et son contraire

Du 17 Avril au 15 Novembre 2015, le musée Matra de Romorantin a accueilli une quinzaine de Ferrari. J’en ai donc profité pour visiter la ville de François Ier et de la marque au coq.

Des Ferrari au musée Matra de Romorantin, l’idée peut faire sourire lorsque l’on connait la concurrence rude que ces deux écuries entretenaient sur les circuits. La pancarte que Roland Roy brandit au pilote Pescarolo en 1973 lorsque Matra remporte le Mans en est l’illustration parfaite. Un coq tricolore pour le moins gaillard terrasse un cheval (plus très cabré).

Le coq Matra terrassant le cheval cabré lors du Mans 1973
Le coq Matra terrassant le cheval cabré lors du Mans 1973

Si la bataille faisait rage en compétitions, les voitures de série n’ont vraiment rien en commun : Rancho et Dino ne s’adressent pas au même public.

Pourtant la comparaison n’est pas inintéressante, comme l’illustre le duo Ferrari 250 GTO (réplica) et Matra 530 Vignale de l’entrée. La Ferrari arbore un V12 de 303ch contre un petit V4 de 70ch. La Matra propose un style beaucoup plus moderne annonçant les années 70 alors que la GTO est une icône stylistique de sa décennie. Mais lorsque nous les voyons l’une à côté de l’autre, nous ne pouvons nous empêcher de les penser sœurs et nous comprenons l’intérêt de les avoir mise côte-à-côte.

Le constructeur utilisera souvent des solutions techniques empruntées aux milieux les plus élitistes comme l’architecture moteur en V de sa 530 Vignale mais aussi les trois vraies places de front de la Matra Bagheera. Elles marquent une opposition forte avec tous ces coupés sportifs 2+2 dont les places arrières ne servent vraiment que d’extension de coffre pour les bagages, mais cette idée sera reprise par la Mclaren F1 avec le pilote en position centrale avant et deux passagers de chaque côté un peu plus reculés.

L’autre réussite incontestable de Matra c’est l’Espace qu’elle conçu pour Renault. Cette même voiture se verra greffer le V10 williams afin de célébrer les victoires du moteur en formule 1. On notera aussi une version totalement ouverte à l’image des barquettes de course et réalisée par Sbarro. Matra conjugue les antagonismes avec aisance.

Au détour de la ville, on tombe sur les anciennes usines de production qui seront bientôt démolies. L’architecture classique des locaux tranche alors vivement avec la modernité dont Matra faisait preuve à l’instar de ses moteurs surpuissants si bien mis en valeur dans le musée.

Usine de production Matra
Usine de production Matra

Plus tard sur internet j’ai vu cette photo de Youri Gagarine, premier cosmonaute à avoir voyagé dans l’espace, posant avec une Matra Djet qui lui avait été offerte ; ou encore ces cinq cent Matra Bagheera jaunes qui ouvrent les 24h du Mans en 1973. Matra  ne manque pas d’audace !

La Djet de Youri Gagarine
La Djet de Youri Gagarine

En 2003, l’usine de Romorantin ferme du fait des ventes insuffisantes du Renault Avantime. C’est alors la fin des activités de production d’automobiles pour Matra. En 2015, je redécouvre cette marque automobile peu commune à travers son musée. Quelle drôle de marque ! Innovante, victorieuse sur des terrains aussi différents (la reine du monospace est aussi le meilleur motoriste F1) et à la communication si originale. Si l’histoire de Matra semble semée d’incohérences au premier abord, ce sentiment s’estompe rapidement lorsqu’on replonge dans cette épopée. Au final je ressens une profonde sympathie pour ce constructeur qui a mis en avant le savoir-faire automobile français.

 

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